L'accompagnement sexuel, c'est quoi ?

I. Mon expérience avec l'accompagnements sexuel, à partir de mon métier de masseuse :

En 2015, je travaillais dans un salon de massages naturistes à Belleville, j'essayais de promouvoir et défendre l'art de mes massages. Toutefois je passais plus mon temps à expliquer je n'étais pas une femme de «finition», «happy end», ou «branlette».

Très vite, j’ai surtout constaté que ce marché du bien-être semble être pas pensé, dédié et abordé pour tout-e-s. Dominament parlant ce sont des hommes valides qui allaient pénétrer mes escaliers tremblants. Les femmes sont souvent des oubliées dans les salons de massages naturistes et/ou tantriques . Elles ne deviennent que des êtres existantes/intéressantes dès lors qu’elles sont en couple, L'accessibilité à nos lieux par des personnes en situation de handicap-s n'est même pas envisageable dans l’offre ou la pensée de certains instituts de massages. Alors, mon métier s'enroulait autour de personnes au cumul de positions privilégié-é-s. C'est forcément une dynamique dont je voulais sortir, en l'harmonisant avec mes fibres que j'élève toujours vers l'inclusion.

En effet, certains appels, méls et sms révélaient ce fait : des personnes "hors-normes" se sentaient donc exclué-e-s.

« est-ce que ça vous gênerait que je vienne / de venir ? »

J'ai répondu à ces clients. Pour me déplacer ou les recevoir. Mon métier se transporte donc autant que ma personne, et c'est naturellement que j'ai voulu le transposer à le plus de gentes possibles. Je ne me sens pas masseuse option accompagnant-e. Je dirai que c'est une manière d'étendre la portée de mon métier, ou de me rajouter des cordes selon les situations. Il convient néanmoins d'expliquer comme je vis ces manières de travailler et de définir.

J'ai décidé de faire une compilation de toutes les questions qu'on m'a posé autour de « l'assistance sexuelle » ou « l'accompagnement sexuel » ces dernières années. Famille, ami-e-s, et passagèr-e-s de vie. Cet avis repose sur ma propre expérience, j’imagine que bien d’autres personnes articulent leurs pratiques autrement. Voici la mienne, tadam

Définition de l'accompagnement sexuel ?​

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Chacun-e apporte sa propre définition. Surtout selon les pays, les cultures, et les possibilités chacun-e qui pratique.

Initialement, c'est un intitulé destiné pour les personnes en situation de handicap physique, mental, psychique - et apporter une/se séances d'exploration, peut-être découverte? de son corps et du plaisir lié à l'intimo-affectif|sexuel.

Ma définition est sans doute plus inclusive compte tenu du fruit de mes expériences et englobe toutes les personnes qui ressentent le besoin:

- se ressentir, ressentir, échanger

- sa sexualité & toutes ses possibilités

- et son propre potentiel créatif !

- se re-connecter à son désir (à soi, à l'autre)

A mon sens, la sexualité est un univers magnifique. On ne sait pas où elle commence ni termine. C'est la dimension de la singularité qui la rend si belle. Toutefois, il y a une série de paramètres qui peuvent bloquer cette affirmation/ascension de soi même.

C'est difficile parfois de créer un univers intime avec un-e partenaire. Pour plein de raisons ! Gêne, pudeur, lourdeur, traumatismes .. des choses qui parfois parfois paraissent insurmontables parce qu'on associe l'intimité à une expérience négative.

Concernant les personnes handies qui se sentent concernées, sachez que je suis en perpétuelle apprentissage des corps et des gestes possiblement spécifiques associés. Une bienveillance seule peut-être risquée, alors j'ai ajouté une formation avec l'APPAS en septembre 2016. Une association qui promeut je cite " l'accompagnement sexuel pour les personnes en situations de handicap. "

Je reste une femme valide, qui a encore beaucoup à connaître mais je n'ai personne à sauver. Je ne cantonne pas l'accompagnement à la sexualité aux personnes qui sont en situation de handicap. Toutes les personnes handies* « D’usage fréquent, notamment chez les personnes en fauteuil, le mot prend sens dans son opposition à « valide » et pourtant, on ne saurait le confondre avec « handicapé », ne serait-ce que parce qu’il circule très peu parmi la population valide n'ont pas besoin d'un accompagnement.» (Pierre Dufour, 2012)

La réalité éclaire déjà assez bien que l'accès aux sensations, au plaisir n'est pas isolée à un groupe de personnes, à un parcours de vie. Beaucoup de personnes valides ont des difficultés de se ressentir, et/ou se connecter à d'autres corps alors qu'elles le souhaitent . Si une personne ne ressent juste pas de désir sexuel c'est autre chose. Ça peut être de l'ordre de l'asexualité et ça doit se respecter et s'écouter. Il y a donc plein d'histoires et surtout beaucoup de désinformation autour de ça. Certain-e-s normalisent leur mal-être, d'autres le taisent. Bref, chacun son processus et son choix pour aller mieux.

Ah, t'es une pute en fait ?

Comment vouloir me distinguer alors que je suis une travailleuse du sexe, des sexualités, des sensualités, des corporalités. Je me fous du qualificatif qu'on me colle, qu'on m'isole. J'imagine que nous sommes pluriel-les. Aussi, nous sommes confronté-e-s à des problématiques communes. Une loi française compliquée et oppressive. Alors je ne peux que me lier à cela.

En revanche, le commentaire éclair de " tu es une pute" est gênant. Un commentaire qui se veut insultant enveloppé de pseudo-bienveillance avec les phobies de se remettre en question mais l’exigence que nous le fassions. Que nous nous désignons comme des victimes avec la définition d'être des coupables. Ces assignations sont ,hélas, banalisées et normalisées.

Si l’on choisit ce genre de métier, il y a certes des expériences pénibles et très profondes. Je ne crois pas qu’on puisse occulter les remises en question, nous sommes en permanence confronté-e-s aux nôtres et aux client-e-s. Se transcender et se reposer sont de rigueur. Je sais m’écouter et normaliser des choses qui auparavant étaient confuses. Aujourd’hui, j’ai le regard plus serein, et je ne voudrai pas faire machine arrière. Si ce sentiment d’autonomie est une puterie. Je pute.

J'ai conscience que beaucoup de personnes sont exploitées dans leur travail, dans leurs corps, dans leur psychique, et dans leurs identités. Ce n'est évidemment pas une chose que je défends ou que j'efface. Au contraire, je soutiens le choix de soi, la permission de se penser (qui n'est pas une chose aisée) et j'accuse toutes les formes des exploitateur.es des personnes.

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Comment se déroule une de tes séances ?

Il n'y a pas de séance type.

Toutefois, un échange est toujours entretenu AVANT et APRES pour créer une séance sur-mesure qui dure jusqu'à 1 heure 30.

Je rencontre toujours la personne une première fois, c'est important pour palper la confiance et le laisser-aller.

Au préalable, il est bon de connaître les motivations de la personne : une meilleure confiance en soi? plus d'assurance ? ressentir son corps d'accord, mais par quelles façons? Assimiler un partage d'intimité à une confiance peut demander du temps.Savoir exprimer ses désirs et construire une ascension vers leurs aboutissements. Aussi vers la surprise et la fluidité.

Tout ne fait pas en une séance comme une séance peut suffire. C'est la personne concernée qui le sentira. Le but est d'avoir des petits outils, ces "plus" pour cultiver sa propre autonomie, et une meilleure estime de soi.

Je dois le mentionner aussi, j'ai été moi-même concernée par des problèmes de : stress post traumatique. J'ai pris un temps pour me laisser-aller. Faire connaissance avec mes émotions, mon corps, mon esprit, m'autoriser à la ressentir, puis trouver les mots (ou autres moyens) pour m'exprimer, me jouer .... Je n'avais rien à perdre de m'essayer. Ma devise : si quelqu'un-e a dépassé mes limites, je peux aller encore plus loin en moi-même. Alors j'ai eu l'occasion de me choisir, de me tester, me sentir, savoir vraiment ce qui me plaisait ou non, jusqu'au "je ne sais pas". Le plaisir n'était pas toujours plaisant, c'était parfois inconfortable même. Bref, ca a été renversant, à partir de moment où j'ai pu saisir de ma rage une force et un apaisement, je l'ai nourrie dans mon travail. Ça m'a dépassée et beaucoup changée. De pouvoir me choisir et m'écouter. Je suis aujourd'hui ce que j'aurai pu sollicité il y a 10 ans pour me guider.

La sexualité est grande, riche, une exploration très personnelle. Embrasser, masturber, ou juste s'enlacer, être à côté, échanger, partager un silence,... avec l'importance de connaître nos limites mutuelles pour assurer des échanges consentants et respectueux. En bref : je ne codifie pas ce qui fera du bien à vôtre épanouissement sexuel.

Un suivi est construit si plusieurs séances sont nécessaires.

C'est combien ?

Selon les moyens et pratiques, c'est aléatoire. De 60€ à 170€ en France.

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Tu travailles toute seule ?

J'aimerai beaucoup travailler avec une autre personne. Pour gérer les situations des personnes en couple par exemple ou être avec quelqu'un-e qui a des pratiques complémentaires !

Je n'ai pas toutes les compétences malgré ma pluralité.

Donc j'oriente volontiers vers du personnel de santé, santé sexuelle et sociale de "confiance"et suis plus qu'ouverte à vous recevoir.

Ça peut aider dans la réponse d'une demande, d'avoir en contact d'autres travailleur-/seuse autour de la sexualité.

C'est ce que j'ai pu faire à Lisbonne avec Carmo Gê Pereira

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Pourquoi tu fais ça ?

Pour tout ce que j'ai répondu ci-dessous. j'avais envie de rendre mon métier accessible à plus de personnes donc je ne me pose pas autant de questions. C'est logique pour moi de me dire que je ne peux pas appliquer la même séance à tout le monde. Déjà c'est énergétiquement et coeurporellement impossible , mais si j'ai d'autres compétences à offrir et limites à étendre :

je peux englober alors plein de choses dans ma pratique et c'est tant mieux.

Des raté-e-s ça existe, mais l'objectif c'est d'être relaxé-e. Et ça, parfois, on ne sait jamais comment ça va être, c'est pas comme on l'avait imaginé. Voilà pourquoi plusieurs échanges sont parfois nécessaires afin de reposer ses idées et d'explorer ses envies.

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Tes proches sont au courant ?

Avec le temps, oui. A des degrés différents parce que proximités différentes. je n'ai pas besoin d'exposer les détails ni de m'en justifier. J'aime bien aussi avoir le choix de dire ou ne pas dire. Tant que je suis à l'aise c'est mon essentiel. C’était le plus dur d’accepter de faire la paix avec toutes mes parties, ça a demandé une sacrée volonté de m’affirmer.

Connaître ses limites, ça aide. Mais être soutenue, épaulée, un peu comprise... par les mien-nes, ca réchauffe le cœur. Je ne suis pas pressée d’être comprise par mes proches pour les choix de vie que je mène, mais c’est superbe de voir qu’avec le temps, leur esprit s’ouvre jusqu'à ce qu'elleux puissent m'inspirer.

Je ne fais pas très bien la distinction entre tes limites personnelles et professionnelles.

Mes limites professionnelles ne dépasseront jamais les personnelles. Il y a une harmonie dans ces deux sphères puis qu'elles démarrent de mon être. Je reste une personne aujourd'hui connectée, donc je ne peux/veux pas aller là où je ne veux pas. Si je ne me sens pas en état de travailler, c'est simple : je ne travaille pas. Je ne plaisante pas avec ces états qui peuvent altérer le bon déroulement d'une séance.

Tu ne travailles qu'avec les "hommes" (cisgenres) ?

Non. Tous les genres, toutes les énergies, tous les corps. Tant que je me sens possible et capable.

Vous vous déplacez hors de Paris ?

Lors de mes voyages, je peux en profiter pour caler des séances. Sinon je peux me déplacer, sous certaines conditions et si le déplacement est pris en charge.

Est-ce qu'il y a des formations pour ça ?

En France, il existe deux associations qui proposent des formations ( pour les personnes en situation de handicap.

APPAS et CH(s)OSE.

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2. En savoir plus

Et pour finir, Regards sur l'accompagnement à la sexualité par les concerné.e.s une rencontre éclairante que j'ai organisé dans le cadre du festival de la QueerWeek, le 10 mars 2017 à Paris, avec les regards de :

➤Judith Aregger, accompagnante sexuelle indépendante et formatrice d’adultes en Suisse et en France, travailleuse sociale hors murs, CAS en sexologie clinique ➤Patricia Assouline qui se définit en tant que "femme en situation de handicap, lesbienne, ayant recours à l'accompagnement sexuel".

Différents liens pour en savoir plus :